Depuis 1988, je tisse des liens autour de l’allaitement. En 1999, j’ai même pris un prêt personnel pour doter la néonat de Mulhouse en tire-laits Ameda Elite. Trente ans plus tard, je raconte ici l’histoire d’une non-collaboration avec l’hôpital… et la conviction intacte qu’un réseau éthique et durable est encore possible.

 

 

1) Les débuts : du bénévolat au soin de proximité (1988–1999)

  • 1988 : premiers pas dans le soutien à l’allaitement.
  • 1990 : création d’Info-Allaitement 68 à Mulhouse avec une puéricultrice cadre, un pédiatre, un gynécologue, une sage-femme ; préparation à l’allaitement au Diaconat ; accueil des mères en difficulté grâce à la mise à disposition d’un cabinet.
  • Besoin criant de matériel : les débuts fragiles, les prématurés, les reprises de travail… Le tire-lait devient un outil de santé publique.

 

2) 1999 : professionnaliser sans renier l’éthique

  • Naissance d’ALMAFIL (SARL) pour préserver l’ADN non lucratif de l’association et me permettre de vivre de ce travail
  • Prêt personnel pour acheter des Ameda Elite donnés à la néonat de Mulhouse.
  • Déploiement d’un maillage de pharmacies : la location remboursée par la Sécurité sociale permet d’équiper les familles sans reste à charge et de financer des actions gratuites d’accompagnement.

 

3) Le choix qui coûte : rester alignée sur le Code de l’OMS

  • Je suis IBCLC depuis 2001, recertifiée tous les 5 ans. Le Code OMS encadre la commercialisation des substituts de lait maternel pour protéger les décisions des mères.
  • Dire non à des pratiques qui s’en écartent, c’est accepter une perte financière. J’ai choisi l’éthique.
  • Conséquence : moins de dons, moins d’actions gratuites — mais aucun compromis sur la sécurité, la science, la dignité des mères.

 

4) Mulhouse : la collaboration impossible

  • Beaucoup d’hôpitaux ont joué le jeu : payer le matériel, préserver l’éthique, co-construire. Pas Mulhouse.
  • Nos propositions successives (orienter vers les acteurs de proximité ; louer au parc de l’hôpital ; achat direct) ont toutes buté sur “on ne peut pas recommander” ou “pas de budget”.
  • Dans le même temps, la porte s’est ouverte à des prestataires commissionnés qui démarchent en chambre.
  • Question : est-ce plus éthique qu’une information pluraliste remise à la sortie, assortie d’un suivi de proximité ?

 

5) Le symbole qui blesse

  • Une exposition en maternité centrée sur biberons et tétines envoie un mauvais signal.
  • Le Code ne diabolise pas les objets : il protège l’espace de décision des femmes. En maternité, la neutralité commerciale devrait être la règle.

 

6) Ce que je propose, très concrètement

  1. Charte locale d’éthique alignée sur l’esprit du Code : pas de démarchage ; pas de promotion implicite ; information claire et pluraliste.
  2. Réseau mulhousien structuré : maternité ? IBCLC ? PMI ? pharmacies ? cabinets ; protocole de relais post-sortie.
  3. Formations flash pour les équipes : flange-fitting, tirages confortables & efficaces, prévention de la douleur, rythmes.
  4. Parcours d’équipement sans friction : matériel adapté + suivi local.

 

7) Pourquoi j’écris ce texte

Parce que derrière chaque allaitement réussi, il y a un réseau. Parce que l’hôpital et la ville ne sont pas des mondes séparés. Parce qu’une mère qui souffre n’a pas besoin d’un slogan ; elle a besoin de compétences, de temps, de respect.

 

 

Conclusion – Trente ans après

Je ne demande pas une revanche. Je demande une alliance. À Mulhouse, ici, maintenant. Pour que les mères cessent d’errer dans le système. Pour que nos valeurs — soin, éthique, proximité — se traduisent enfin en parcours concrets.(Note éthique : je témoigne ici de mon expérience et de faits vécus. Les institutions citées disposent évidemment d’un droit de réponse.)

Prendre RDV en ligne